A PROPOS DE GOMORRA

Publié le par Florence Muller

Le film s’apparente bien à un documentaire avec sa description précise, son catalogage de toutes les actions de la Camorra napolitaine. Quand on se promène dans certaines rues de Naples, on ressent très nettement cette impression d’être épié, contrôlé du haut des toits d’immeubles comparables à des forteresses médiévales. Les quartiers sont aussi distingués par des signes qui préviennent que l’on entre dans des sphères qui ne sont plus tout à fait publiques. Il décrit bien aussi les ramifications de la pieuvre et les désirs d’en faire partie qui s’emparent de jeunes enfants. Il montre aussi son absurdité dans sa quête pour le pouvoir et l’argent, finalement jamais atteinte, seulement par quelques « intouchables ». Pour les autres, la misère demeure identique et même pire puisqu’elle conduit parfois à la mort. Derrière les assassinats et les causes perdues d’avance, tout un océan de pauvreté mentale, d’ignorance et d’absence d’éducation. Et c’est là la nouveauté du film, c’est d’éviter le romantisme habituellement attaché au sujet pour aller à la source du phénomène : la peur, la bêtise, l’égarement… Dans certaines écoles de quartier, les institutrices doivent lutter pour imposer l’enseignement de l’Italien, les parents refusant que leurs enfants parlent autre chose que le napolitain. J’ai aussi entendu que cette organisation rétrograde de certains quartiers de Naples serait maintenue par tradition, par fierté, par refus de se sortir de cette condition originelle du drame qui se joue au quotidien. 


Poubelles napolitaine, novembre 2007: 


 

Publié dans Spectacles

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Mario chez Eugénie 12/09/2008 18:45

Le casting des personnages est saisissant. La bêtise dont vous parliez déforme le visage même des jeunes hommes, la brutalité se lit à livre ouvert dans le visage buriné des anciens. Chaque face fait peur, chaque geste, de la police quand elle intervient, est coulé dans une pieuvre véridique. Je ne sais pas si le casting s'est fait sur place, mais on n'a pas l'impression d'avoir affaire à des acteurs. Simplement au Drame dont vous parliez, le bien le plus précieux. Quand leur identité est le drame même.

Emmanuel 04/09/2008 23:32

J'ai dévoré le livre, mais je n'ai pu trouver le temps pour le film. Naples est une ville magnifique par son passé, mais je vous suis complètement dans ce discours qui reflète si bien la réalité. Combien de temps encore avant que les mentalités ne souhaitent évoluer ?