CYCLE "CORPS ET DECORS", CINEMA FRANCAIS DES ANNEES 20 AU MUSEE D'ORSAY

Publié le par Florence Muller

Parallèlement à l’exposition du Musée Galliera consacrée aux années 20 qui a dépassé les 100 000 visiteurs, le Musée d’Orsay a conçu un cycle de films des mêmes années dans lesquels les décors et les costumes sont signés des maîtres de la modernité et de l’élégance. Lise Brisson, qui a réalisé la sélection des extraits de films projetés dans le cadre de Galliera, a apporté sa collaboration active et passionnée au projet. Le programme du samedi 23 février était particulièrement étonnant. Il débutait par un court-métrage au titre qui trouve une résonance très actuelle dans les questions que se posent les médias : « Paris est-il toujours le temple du goût ? ». Ce film montre différents intérieurs animés par des personnages dont deux adorables petits enfants aux cheveux coupés à la Jeanne d’Arc dans une chambre où tout a été prévu pour leur bien-être… et notamment les angles des meubles arrondis ! Le film suivant, « Métamorphose », construit une histoire édifiante de jeune fille pauvre désespérée par sa condition misérable, aux ordres d’une mère patronne d’un bar minable et qui s’enfuit un beau jour. Echouée sur un banc des Champs Elysées, elle fait la rencontre d’une dame élégante, vendeuse chez Drecoll. Apitoyée par les malheurs de la jeune fille, cette dernière l’a fait engagée comme mannequin dans la maison de couture. Le charme triste du mannequin débutant séduit un jeune artiste mondain… la jeune fille par la métamorphose de la mode s’extrait de sa condition prolétaire ! Mais on sent néanmoins qu’il n’y aurait qu’un pas à faire pour passer de la séduction à la prostitution !
Les décors signés de Francis Jourdain du film « Le silence » participent au propos du film en construisant l’atmosphère étouffante dans laquelle le personnage principal va découvrir une angoissante vérité. « La glace à trois reflets », dépeint l’histoire d’un joli jeune homme trop bien habillé qui plaît aux femmes, mais refuse de se décider entre trois adoratrices. Son allure narcissique et son comportement capricieux lui confèrent une identité particulièrement efféminée, bien représentative de l’époque de l’après-première guerre mondiale. Dans un monde vidé des hommes jeunes morts au front et où les valeurs machistes ont perdu de leur superbe dans le désastre des tranchées, les qualités féminines sont valorisées. Mais ironie de l’histoire, l’homme efféminé continue de se jouer des femmes comme de vulgaires objets. Le regard critique sur la modernité face à l’ancien monde, est elle aussi au cœur du sujet : le jeune homme, dans une tenue sport super sophistiquée, finit par se tuer au volant d’un bolide lancé sur les routes de campagne.
Pour la dernière programmation de la journée, la salle s’est remplie d’un public plus nombreux. Aux étudiants ou anciens de l’Institut Français de la Mode, se sont ajoutés des amateurs de rareté cinématographique… la fille de Colin Poiret qui vient de confier à Drouot les derniers modèles qu’elle possédait provenant de son célèbre grand-père Paul Poiret, la fille de Marcel Lherbier, l’expert en costume Françoise Auguet… Un court métrage, document rarissime, montre l’intérieur de la maison Poiret en 1924, « Les Coulisses et le défilé » présenté par le maître lui-même. On remarque que les mannequins de Poiret ont toutes des coupes de cheveux à la garçonne, coupées court et à nuque rasée. Tandis que les mannequins de la maison Drecoll, beaucoup plus classiques, se contentaient de chignon à cheveux roulés dans la nuque pour se conformer à la mode des coupes modernes. Un petit chef d’œuvre va achever cette journée : « Les ombres qui passent » d’Alexandre Volkoff de 1924. En Angleterre, dans le hameau de « Happyland » aux chaumières construites en fausses pierres, entre Disneyland et le décor du « Prisonnier », vivent un homme « professeur de Morale », veuf et retraité, son fils et sa belle-fille. La description de leur vie rurale à la Jean Jacques Rousseau prend des accents de hippies chics, quand le matin, le jeune couple monte ensemble en maillot de bain sur un cheval et entrent ainsi équipés en batifolant dans la mer ! Toute cette vie de bonheur simple, basée sur un équilibre entre activité cérébrale et activité physique (traire la vache, couper du bois, lecture, piano…) bascule dans le drame le jour où le jeune homme hérite d’une fortune de 20 millions d’un grand-père français oublié. Il se rend à Paris pour entrer en possession de son bien… mais les séductions de la ville des lumières lui font oublier, épouse, père et vie campagnarde. Les femmes surtout avec leur élégance étourdissante habillée par Paul Poiret achèvent de lui faire perdre la tête. Dans la scène du dénouement final, l’aristocrate corse tentatrice redoutable qui s’apprête à révéler sa véritable identité au jeune homme, le fait dans une tenue de Poiret, d’une extravagance extrême, annonciatrice de cette révélation dramatique. Dans tous ces films, les costumes, comme les décors, constituent de véritables commentaires des situations et de l’histoire et soulignent la psychologie des personnages.

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