VENTE PAUL POIRET, PROVENANT DE LA FAMILLE DE COLIN POIRET

Publié le par Florence Muller

Jeudi 14 février, les commissaires priseurs Beaussant et Lefèvre dispersaient une centaine de pièces confiées par les enfants de Colin Poiret, le fils du grand couturier. C’était la vente de la dernière chance d’acquérir des objets en provenance directe de la famille d’un des plus grands créateurs de l’histoire de la mode et ayant été portés par Denise Poiret, son épouse… La dernière occasion de posséder des témoignages de l’histoire formidable de ce révolutionnaire de la couture, notamment pour ceux qui n’avaient pu en acheter lors de la fameuse vente organisée en 2005 avec 600 vêtements, accessoires et meubles. Cette fois-ci la vente était plus modeste en nombre de pièces, 124 costumes, accessoires, tableaux, meubles, documents. Elle l’était aussi dans sa présentation réduite à sa plus simple expression : une petite salle à Drouot pour l’exposition, un petit catalogue illustré. On est loin du coup de projecteur formidable apporté lors de la précédente vente par une superbe exposition organisée dans la galerie d’Azzedine Alaïa et un magnifique catalogue, ouvrage de référence complété d’un CD-Rom conçu par Françoise Auguet, résultat d’un patient travail de recherches mené avec son équipe ! Mais les prix ont été comparativement plus élevés qu’en 2005, sans doute comme un effet secondaire de tout le travail accompli lors de cette vente de 2005. Tous les musées capables d’acheter étaient là, à priori, soit dans la salle, soit au téléphone.
J’ai été étonnée par les écarts de prix curieux comme entre le manteau en lainage doublé de soie imprimée aux feuilles bleues et la robe Lavallière. Certes, il existe un autre exemple de cette robe dans les collections de l’UFAC en soie ivoire doublée de soie violette. Mais ce modèle est fondamental dans l’histoire de la mode. Il représente en 1911 le futur de la mode, avec une coupe à plat basée sur le rectangle. C’est un modèle de transition entre la coupe moulée à l’occidentale et la coupe à plat à l’orientale, visionnaire… une robe qui se porte souple sur le corps simplement retenue aux hanches par une ceinture drapée. C’est en fait le prototype de toutes les robes sacs qui seront en vigueur une dizaine d’années plus tard, dans les années 20 et qui « libèrent » le corps des femmes. La robe partira à « seulement » 23 000 euros ! Il y avait aussi l’ensemble Tanger qui avait fait l’objet d’un ravissant tableau dans le magazine « La Gazette du Bon Ton » en 1920 sous le titre « Tanger ou les Charmes de l’exil » qui fera un prix inférieur. Un modèle inspiré par la découverte de l’Afrique du Nord par Poiret après la première guerre mondiale. Plus révoltante sera la dispersion de l’ensemble « Lure », composé de la robe sari portée par Denise sur une photo et les souliers coordonnés. Présentés sous deux numéros différents dans la vente, ils seront achetés par deux acquéreurs différents ! Les ensembles complets sont rarissimes dans les musées de mode. Penser que cet ensemble est resté complet et en bon état pendant 84 ans… et que d’un petit coup de marteau, on accepte de les scinder en deux, est vraiment révoltant, absurde !
Enfin, tout cela était évidemment très émouvant et m’a rappelé le moment où j’avais eu entre les mains ces modèles lorsque je travaillais à la préparation de l’illustration du livre d’Yvonne Deslandres sur Paul Poiret publié aux Editions du Regard en 1986 !

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Eiffel Cocktail 18/02/2008 22:43

Bonjour ! Nous venons de découvrir ce blog qui est riche en article très interessant et photos à l'appui... Eiffel Cocktail est tout frais, si l'envie vous prend d'y passer... A bientôt !